Je suis restée à Saigon pour le Têt, finalement, alors que d'autres sont partis à Mui Ne, à Siem Reap, à Sihanoukville, à Paris. Comme toujours, la maison est propre, mais pas repeinte cette année. Pas d'arbre du Têt non plus, mais de jolies petites fleurs jaunes (hoa mai) en papier scotchées sur la porte. Quelques réserves dans le réfrigérateur, des bonbons sur la table, les enveloppes rouges dans le tiroir. Je suis prête ! Le soir du 2 février, comme un 31 décembre, Bach, mon étudiant de français, vient me chercher tôt pour aller dîner dans sa famille dans une immense maison du district 1, un ancien magasin avec des caméras dans les coins qui ne fonctionnent plus. Le repas avec beaucoup d'oncles et de cousins se fera dans le plus grand calme, à ma grande surprise. Et en une heure, c'est fini ! Bach m'amène en moto jusque Nguyen Hue, sorte de Champs-Elysées. Il est tôt mais les motos se touchent déjà dans un joyeux vacarme et une forte excitation toute en retenue. On s'arrête chez Eric qui vient d'emménager dans le quartier. Joli appartement refait à neuf, comme il voulait. Des copains de France et du Japon sont de passage. Halte apéro japonais. Les uns vont au karaoké pendant que Lucien et moi arpentons Nguyen Hue : fleurs, guirlandes, sculptures de chat (nous entrons dans l'année du chat au Vietnam). La foule, pourtant immense, ne fait pas vraiment de bruit. L'ambiance est bon enfant, comme souvent au Vietnam. Nos pas se dirigent vers notre bar préféré du moment, le bar russe où nous retrouvons nos amis, Russes ! Minuit sonne, le feu d'artifice donne le ton. Lucien part avec les Russes sur une haute terrasse de Saigon pendant que je retourne sur Nguyen Hue au milieu de la foule qui ne fait pas de “Oh”, de “Ah, la belle bleue”, qui ne s'embrasse pas, qui n'applaudit pas mais qui a l'air heureux de changer d'année. Le feu d'artifice, absolument splendide, une fois fini, une horde de Vietnamiens à pied ou en moto quitte le lieu, et c'est une douce folie. Lucien me rejoint sur la terrasse de copains dans le district 3 : Chuc Mung Nam Moi ! Le lendemain, c'est le temps d'aller dans les pagodes de Cho Lon. Là aussi, c'est la foule dans les nombreuses pagodes du district 5. Au passage, on croisera des dragons au milieu de tambours. On allume des encens par dizaine, on a du mal à respirer, ça pique les yeux. Tout le monde déambule dans un calme serein. De retour à la maison, on se fait cuire un peu de banh chung ou ban têt suivant qu'on vient du nord ou du sud. Dans les ruelles, les Vietnamiens jouent aux cartes, parient sur des combats de coq. Les rues sont désertes, les rideaux de fer sont fermés pour quelques jours. Les visites s'enchainent à la maison avec leur lot de cadeaux. Les enfants du quartier viennent chercher leur “lucky money” dans leurs petites enveloppes rouges. Et le soir, c'est reparti, apéro dans le patio, restau à Pham Ngu Lao, bar russe... Chuc Mung Nam Moi !

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Merci à Hoang et à Lucien pour les photos