Comme un roman
Par anna tuyen tran le lundi 31 août 2009, 17:36 - General - Lien permanent
Les gens passent, s'arrêtent à Saigon, à Battambang ou à Phnom Penh. On se
rencontre, on se parle, on devient amis, parfois ils restent un peu ici ou
ailleurs, ou ils repartent. Ça va toujours très vite, parfois parce qu'on n'a
pas le temps, le temps d'un séjour, le temps des vacances, ou parce qu'on ne
sait pas si on va rester là. Alors, vite, vite, on prend ce qu'il y a de
meilleur, on partage, on rit, on pleure... Et puis un jour, on reçoit un mail
comme ça, et on le publie sur le blog (avec l'aimable autorisation de son
auteur). C'est sûrement très narcissique, mais, ce texte, je le trouve beau.
Merci !
« Elle inspire comme un personnage de roman. Dégageant une froide distance
de la scène qui se joue, mais sa présence est palpable. Tout est concentré à
l’intérieur et semble dire : une ruine ne s’effondre pas… J’ai trop pris
dans la gueule, tout a été piétiné… Il est trop tard, bien trop tard… si vous
voulez m’avoir. Quand elle est au repos, sa mâchoire se serre. Entre ses
sourcils, sa peau se fronce, des plis se dessinent… bouclier. Comme d’autres
femmes appliquent un masque de nuit pour lutter contre les effets du temps,
elle, elle enfile son masque à chaque silence. Par habitude… ou par nécessité.
En temps normal, on esquive une telle défense. Mais son bouclier se fragmente
aussi vite qu’il s’est formé… petite fille l’espace d’un sourire… cela ébranle.
Enfance. Les portes grandes ouvertes rivalisent avec la défense. Elle est
atteinte par la première flèche qui lui est destinée. Pourtant elle en balance
des vannes… franches. Cinglantes parfois. Droit au but toujours.
Gratuites ? Pas vraiment, elles ont un sens. Si elles font mal... C’est
pour mieux percer l’abcès, mon enfant… Mais elle, elle se laisse atteindre par
la moindre remarque. Et elle le dit. C’est à ça qu’on reconnaît la force… Elle
compose de ses faiblesses. Il faut dire tout ce qu’elle est, car elle fait
partie de ces gens qui font le monde moins con, qui rendent la société buvable.
Je l’ai vu une fois sérieuse, en silence et sans plissement de sourcils. Le
visage lisse, elle semble absorber. Qu’absorbe-t-elle ? Est-ce si
important qu’elle oublie de montrer ses remparts ? Est-ce si sérieux
qu’elle ne peut plus être petite fille ? Elle m’écoute. Entièrement. C’est
beau quelqu’un qui écoute à ce point. Qui a su s’affranchir des jugements ou
des conseils à donner. Elle écoute… Pas pour elle. Pour moi. Miroir. « Le
chemin le plus court de soi à soi, c’est l’autre », – c’est dans le mini
bouquin de poche qu’elle m’a prêtée, un qu’elle a pu lire jusqu’au bout… Elle
n’aime pas lire. C’est tellement vrai. C’est tellement faux. L’autre :
fuite énorme et entière. Mais pas avec Anna. Pourquoi je lui parle ?
Pourquoi je peux lui dire alors que je ne la connais pas ? Combien
sommes-nous à avoir croisé la route d’Anna et à se poser cette question… Parce
qu’il semble bien que la route d’Anna se croise… »

Juste des nuages au-dessus du patio

Commentaires
Que dire ?
C'est si beau et si vrai.
Mieux vaux ne rien dire et contempler ce ciel... Doucement silencieux.
Je seconde.