Les gens passent, s'arrêtent à Saigon, à Battambang ou à Phnom Penh. On se rencontre, on se parle, on devient amis, parfois ils restent un peu ici ou ailleurs, ou ils repartent. Ça va toujours très vite, parfois parce qu'on n'a pas le temps, le temps d'un séjour, le temps des vacances, ou parce qu'on ne sait pas si on va rester là. Alors, vite, vite, on prend ce qu'il y a de meilleur, on partage, on rit, on pleure... Et puis un jour, on reçoit un mail comme ça, et on le publie sur le blog (avec l'aimable autorisation de son auteur). C'est sûrement très narcissique, mais, ce texte, je le trouve beau. Merci !
« Elle inspire comme un personnage de roman. Dégageant une froide distance de la scène qui se joue, mais sa présence est palpable. Tout est concentré à l’intérieur et semble dire : une ruine ne s’effondre pas… J’ai trop pris dans la gueule, tout a été piétiné… Il est trop tard, bien trop tard… si vous voulez m’avoir. Quand elle est au repos, sa mâchoire se serre. Entre ses sourcils, sa peau se fronce, des plis se dessinent… bouclier. Comme d’autres femmes appliquent un masque de nuit pour lutter contre les effets du temps, elle, elle enfile son masque à chaque silence. Par habitude… ou par nécessité. En temps normal, on esquive une telle défense. Mais son bouclier se fragmente aussi vite qu’il s’est formé… petite fille l’espace d’un sourire… cela ébranle. Enfance. Les portes grandes ouvertes rivalisent avec la défense. Elle est atteinte par la première flèche qui lui est destinée. Pourtant elle en balance des vannes… franches. Cinglantes parfois. Droit au but toujours. Gratuites ? Pas vraiment, elles ont un sens. Si elles font mal... C’est pour mieux percer l’abcès, mon enfant… Mais elle, elle se laisse atteindre par la moindre remarque. Et elle le dit. C’est à ça qu’on reconnaît la force… Elle compose de ses faiblesses. Il faut dire tout ce qu’elle est, car elle fait partie de ces gens qui font le monde moins con, qui rendent la société buvable. Je l’ai vu une fois sérieuse, en silence et sans plissement de sourcils. Le visage lisse, elle semble absorber. Qu’absorbe-t-elle ? Est-ce si important qu’elle oublie de montrer ses remparts ? Est-ce si sérieux qu’elle ne peut plus être petite fille ? Elle m’écoute. Entièrement. C’est beau quelqu’un qui écoute à ce point. Qui a su s’affranchir des jugements ou des conseils à donner. Elle écoute… Pas pour elle. Pour moi. Miroir. « Le chemin le plus court de soi à soi, c’est l’autre », – c’est dans le mini bouquin de poche qu’elle m’a prêtée, un qu’elle a pu lire jusqu’au bout… Elle n’aime pas lire. C’est tellement vrai. C’est tellement faux. L’autre : fuite énorme et entière. Mais pas avec Anna. Pourquoi je lui parle ? Pourquoi je peux lui dire alors que je ne la connais pas ? Combien sommes-nous à avoir croisé la route d’Anna et à se poser cette question… Parce qu’il semble bien que la route d’Anna se croise… »

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Juste des nuages au-dessus du patio