Mai, Sinh et Cléo sont arrivés hier soir à Saigon à minuit avec deux heures de retard. Depuis, c'est comme s'ils vivaient ici depuis toujours, qu'on s'étaient quitté la veille. Les voisins vietnamiens regardent Mai et disent : “Same, same !” En attendant un petit périple touristique, on est tous connecté à nos ordis pour écrire des blogs et autres mails. Voilà les premières impressions de Sinh, j'aime beaucoup, vraiment beaucoup. Merci Sinh !
“Samedi, 4 am : réveil à Nantes. Lundi, 4 am : endormissement à Saigon. Ces quarante-huit heures n'étaient pas, pourtant. Un train. Deux avions. Un taxi. Pendant ces quarante-huit heures, nous avons erré de Nantes à Saigon, ou peut être de Shanghai à Los Angeles, qui sait ? Nous n'avions qu'un point de départ et un point d'arrivée. Et pendant ce temps là, rien. Ou plutôt si : du rien. Quand on est dans un avion qui survole le Tibet, il est quelle heure ? L'heure du lieu de départ ? L'heure du lieu d'arrivée ? L'heure du lieu survolé ? C'est simple, il n'y a pas d'heure. Un temps de vol, une heure de départ, et une heure d'arrivée. Et quand on a une escale de quinze heures, à Canton, en Chine, mais qu'on pas le droit de quitter l'aéroport,est-ce qu'on est bien à Canton ? Au fond, n'est-on pas aussi bien au lieu de départ ? Non, l'avion en est parti. Au lieu d'arrivée ? Non, plus, l'avion n'y est pas arrivé. Mais est-on vraiment à Canton ? Non plus, on pourrait tout aussi bien être à Londres, ou à Johannesbourg, où serait la différence ? Et quand, sous grande parano anti-grippe A, des êtres humains, complètement asexués, couverts des pieds à la tête d'une combinaison apparentée à celle de cosmonautes, prennent la température des voyageurs avec ceci, est-on bien sûr d'être encore sur Terre ? Pendant ces quarante-huit heures, nous n'étions nulle part. Ou partout. Ou juste ailleurs. Mais nous sommes arrivés à bon port.”

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La faille spatio-temporelle commence dans le Nantes-Paris