Vibol
Par anna tuyen tran le lundi 11 août 2008, 16:55 - General - Lien permanent
Vibol est mort jeudi matin. On ne sait pas trop à quelle heure il est mort, une rupture d'anévrisme (un accident vasculaire cérébral), il ne s’est pas réveillé à Battambang. Vibol avait vingt-quatre ans, il enseignait le cirque à Phare Ponleu Selpak, il était grand, il était fort, il parlait très bien le français, il venait de faire une tournée en France cet été. Et voilà, il n'est plus là. Moi je le connaissais peu, très peu, mais suffisamment pour être très touchée par ce coup de fil de Jean-Christophe ce jeudi après-midi dans la journée pour m'annoncer la nouvelle. Les larmes aux yeux devant tant de violence, j'explique à Somnea une éditrice du Sipar avec qui je travaille à Phnom Penh ce qui se passe et ce qu'il faut traduire à Prak Ké. Prak Ké est un des jeunes illustrateurs de Phare que j'ai eu en formation. Le Sipar l'a fait venir à Phnom Penh pour qu'il finisse les couleurs d'une histoire sous ma haute surveillance. Somnea dans sa timidité toute khmère explique à Prak Ké la situation et, tout en retenu, Ké s'effondre. On ne se fait pas beaucoup de câlins dans ces cas-là au Cambodge (ni au Vietnam d'ailleurs). Le temps s'est arrêté pour Ké. Machinalement, il range ses dessins en cherchant dans mon regard un peu de réconfort. Très vite, nous décidons de partir à Battambang, Ké ne peux pas rester là, loin des siens, tout seul. La journée est longue pour tout le monde. La soirée est longue aussi avec ce sentiment de tristesse et d'injustice. A sept heures du matin, le taxi nous entend pour aller à Battambang, Ké et moi. Avec ses vingt mots d'anglais et mes deux mots de khmer, nos conversations avec Ké sont très limitées. On se regarde, on se sourit, et pas beaucoup plus. Ça m'est fort désagréable mais je n'ai pas beaucoup le choix. Un peu moins de cinq heures plus tard, nous allons directement chez Vibol. La famille reçoit tous les amis, la famille qui veulent passer pendant trois jours. Toute l'équipe de Phare est là pour nous accueillir. La photo de Vibol est posée cérémonieusement devant son cercueil au milieu de fleurs et d'encens. La mère de Vibol est effondrée. Je reste quelques instants et puis je pars avec Jean-Christophe dans sa maison où il est prévu que je dorme. Jean-Christophe est loin, complètement ailleurs. Tous les gens de Phare sont ailleurs. Une immense tristesse plane sur cet endroit d'habitude si joyeux, en mouvement permanent. Chaque personne que je croise, chaque personne avec qui je parle, a les larmes aux yeux, a la gorge serrée et je suis incapable de les aider parce que je fonds en larme irrémédiablement. Je me demande à quoi je sers ici puisque que je ne peux pas remonter le moral des gens. Je me sens mal, c'est trop lourd pour moi. Après le déjeuner, j'attends que Jean-Christophe se réveille de sa sieste et je lui demande comment je fais pour rentrer à Phnom Penh. A cette heure, il n'y a plus de bus mais les taxis collectifs sont ravis d'avoir une nouvelle cliente. Personne ne m'en voudra de ne pas être restée. Je me sens merdique mais soulagée. Je n'aurais pas pu attendre la cérémonie qui a lieu aujourd'hui lundi. Le week-end à été long, solitaire, sans Philippe, Rapytha et les enfants chez qui je squatte sans aucun complexe ou presque. Une grande envie d'être à Saigon. En plus j'avais décidé d'arrêter de fumer le 08-08-08, j'ai tenu mon engagement…
