Pauvre Norodom !
Par anna tuyen tran le jeudi 28 février 2008, 16:34 - General - Lien permanent
Phnom Penh, c’est le grand luxe comparé à Battambang et même comparé à
Saigon. Bien entendu, je parle pour moi, pour les étrangers, pour les Français
en particulier, très nombreux à Phnom Penh, les Barang comme les Khmers disent
là-bas, parce que le Cambodge, c'est un des pays les plus pauvres du monde.
Alors tout est très relatif, surtout après avoir vu au CCF « Le cauchemar
de Darwin » que j'avais manqué en France. En sortant de la salle, on se
dit que le Cambodge paraît super riche… Bref, ma vie à Phnom Penh commence à
être de plus en plus confortable, à chaque fois, je rencontre un peu plus de
gens et au final, je ne vais presque plus à l'hôtel. Pour commencer, je squatte
chez Clo et Dom qui partent à Kampot en famille à condition que je m'occupe des
plantes et… des poissons (oh, je te vois, Clo en train de sourire derrière ton
écran en me lisant !). Je n'ai pas la main verte mais ce n'est pas très
compliqué d'arroser les plantes tous les jours car la saison sèche est déjà
bien entamée et c'est même plutôt agréable de se faire mouiller les pieds de
bon matin sur la grande terrasse. Mais les poissons, c'est une autre histoire.
Traumatisée depuis l'enfance parce que j'ai tué mon poisson rouge en lui
donnant trop à manger, je préviens Clo et Dom de la lourde responsabilité qui
pèse sur moi d'autant qu'ils viennent juste d'acheter plein de tout, tout
petits poissons avant de partir et me les laisse m'en débrouiller. Ils ont bien
dit : « Si les petits poissons meurent, ce n'est pas grave, mais, le
gros rouge, là, Norodom, on y tient ! » Norodom, c'est aussi et surtout le
nom du roi du Cambodge, père d'abord et fils ensuite. Ça ressemble un peu aussi
à Clo et Dom. Gloups, la pression monte ! Quand je rentre d'une bonne
journée de boulot avec mes deux petits gars khmers pour finir les imagiers, je
retrouve déjà un petit poisson gris flottant à la surface, inanimé. Je m'en
doutais, la mission va être périlleuse. Je leur donne à manger une seule fois
en quatre jours comme prévu et j'en perds encore un ou deux en route,
dur ! Pour leur bonheur, je décide de changer l'eau qui me semble vraiment
sale dans ce nouveau gros pot en terre qui sert pour les plantes
habituellement. Tout se passe bien, ils ont l'air heureux, les petits poissons
dans la bassine rouge. Je peux quitter l'appartement de Clo et Dom pour aller
squatter la maison de Philippe et Raphita. Hop, hop, easy life! La maison de
Philippe et Raphita est immense, très jolie, je m'y sens bien tout de suite et
en plus, elle est dans la même rue que le Sipar, à trois minutes à pied. Le
seul souci : des milliers de moustiques qui attaquent dès le lever du
jour. La semaine à Phnom Penh file à toute allure entre les journées au boulot
et les soirées ciné-restau-copains ou dvd à la maison vautrée sur les coussins.
Samedi, je vais écouter Lisa qui conte des histoires au CCF. Elle fait aussi
une formation au Sipar, avec les auteurs. Elle conte merveilleusement bien les
histoires qu'elle arrange à sa drôle de sauce. J'ai les yeux qui pétillent en
l'écoutant. Le soir, toujours au CCF, je rate une séance de ciné en plein air
avec un concert des musiciens de Phare devant la projection du film muet le
« Mécano de la Générale » avec Buster Keaton. Pas de chance, il
pleut ! Peut-être qu'on pourrait faire ça à Saigon ? Stéphanie arrive
de France avec sa petite famille, nous passons quelques moments ensemble à se
rappeler la dernière fois qu'on s'est vu, à Phnom Penh, il y a deux ans. Dans
ses valises, elle a apporté pour moi un gros paquet de Bayard avec tout plein
de livres et autres magazines : que c'est beau ! Je crois que la vie
est belle, je crois que j'ai de la chance de ne pas trop travailler, et quand
je travaille, j'adore ce que je fais. Hélas, la vie n'est pas aussi joyeuse
pour tout le monde : Norodom est mort ! Le plus gros des poissons de
Clo n'a pas survécu, il paraît qu'avant de le mettre dans une nouvelle eau
propre, il faut attendre je ne sais trop quoi. Comment pouvais-je savoir ?
Bien que Clo me répète que ça n'a aucune espèce d'importance, la culpabilité me
ronge : j'ai tué Norodom !

La maison de Philippe et Raphita

Des petites ruelles pour y parvenir

Une jolie pagode sur le chemin

La maison est toujours bien gardée. Merci, merci !

Commentaires
Promis, juré, c'est pas grave du tout... j'ai déjà recommencé à harceler Dom pour avoir un nouveau poisson rouge : la dernière fois j'ai eu gain de cause au bout de 9 ans. Serai-je plus efficace cette fois-ci ?