Phnom Penh, c’est le grand luxe comparé à Battambang et même comparé à Saigon. Bien entendu, je parle pour moi, pour les étrangers, pour les Français en particulier, très nombreux à Phnom Penh, les Barang comme les Khmers disent là-bas, parce que le Cambodge, c'est un des pays les plus pauvres du monde. Alors tout est très relatif, surtout après avoir vu au CCF « Le cauchemar de Darwin » que j'avais manqué en France. En sortant de la salle, on se dit que le Cambodge paraît super riche… Bref, ma vie à Phnom Penh commence à être de plus en plus confortable, à chaque fois, je rencontre un peu plus de gens et au final, je ne vais presque plus à l'hôtel. Pour commencer, je squatte chez Clo et Dom qui partent à Kampot en famille à condition que je m'occupe des plantes et… des poissons (oh, je te vois, Clo en train de sourire derrière ton écran en me lisant !). Je n'ai pas la main verte mais ce n'est pas très compliqué d'arroser les plantes tous les jours car la saison sèche est déjà bien entamée et c'est même plutôt agréable de se faire mouiller les pieds de bon matin sur la grande terrasse. Mais les poissons, c'est une autre histoire. Traumatisée depuis l'enfance parce que j'ai tué mon poisson rouge en lui donnant trop à manger, je préviens Clo et Dom de la lourde responsabilité qui pèse sur moi d'autant qu'ils viennent juste d'acheter plein de tout, tout petits poissons avant de partir et me les laisse m'en débrouiller. Ils ont bien dit : « Si les petits poissons meurent, ce n'est pas grave, mais, le gros rouge, là, Norodom, on y tient ! » Norodom, c'est aussi et surtout le nom du roi du Cambodge, père d'abord et fils ensuite. Ça ressemble un peu aussi à Clo et Dom. Gloups, la pression monte ! Quand je rentre d'une bonne journée de boulot avec mes deux petits gars khmers pour finir les imagiers, je retrouve déjà un petit poisson gris flottant à la surface, inanimé. Je m'en doutais, la mission va être périlleuse. Je leur donne à manger une seule fois en quatre jours comme prévu et j'en perds encore un ou deux en route, dur ! Pour leur bonheur, je décide de changer l'eau qui me semble vraiment sale dans ce nouveau gros pot en terre qui sert pour les plantes habituellement. Tout se passe bien, ils ont l'air heureux, les petits poissons dans la bassine rouge. Je peux quitter l'appartement de Clo et Dom pour aller squatter la maison de Philippe et Raphita. Hop, hop, easy life! La maison de Philippe et Raphita est immense, très jolie, je m'y sens bien tout de suite et en plus, elle est dans la même rue que le Sipar, à trois minutes à pied. Le seul souci : des milliers de moustiques qui attaquent dès le lever du jour. La semaine à Phnom Penh file à toute allure entre les journées au boulot et les soirées ciné-restau-copains ou dvd à la maison vautrée sur les coussins. Samedi, je vais écouter Lisa qui conte des histoires au CCF. Elle fait aussi une formation au Sipar, avec les auteurs. Elle conte merveilleusement bien les histoires qu'elle arrange à sa drôle de sauce. J'ai les yeux qui pétillent en l'écoutant. Le soir, toujours au CCF, je rate une séance de ciné en plein air avec un concert des musiciens de Phare devant la projection du film muet le « Mécano de la Générale » avec Buster Keaton. Pas de chance, il pleut ! Peut-être qu'on pourrait faire ça à Saigon ? Stéphanie arrive de France avec sa petite famille, nous passons quelques moments ensemble à se rappeler la dernière fois qu'on s'est vu, à Phnom Penh, il y a deux ans. Dans ses valises, elle a apporté pour moi un gros paquet de Bayard avec tout plein de livres et autres magazines : que c'est beau ! Je crois que la vie est belle, je crois que j'ai de la chance de ne pas trop travailler, et quand je travaille, j'adore ce que je fais. Hélas, la vie n'est pas aussi joyeuse pour tout le monde : Norodom est mort ! Le plus gros des poissons de Clo n'a pas survécu, il paraît qu'avant de le mettre dans une nouvelle eau propre, il faut attendre je ne sais trop quoi. Comment pouvais-je savoir ? Bien que Clo me répète que ça n'a aucune espèce d'importance, la culpabilité me ronge : j'ai tué Norodom !

pp_316.jpg
La maison de Philippe et Raphita

pp_315.jpg
Des petites ruelles pour y parvenir

pp_314.jpg
Une jolie pagode sur le chemin

pp_313.jpg
La maison est toujours bien gardée. Merci, merci !