C'était Noël, deuxième Noël à Saigon, c'était son lot de guirlandes et de lumières partout dans la ville, des milliers de Vietnamiens sur leurs motos qui vont je ne sais où avec leurs casques flambants neufs sur la tête, casques qu'ils ne quittent plus même quand ils s'arrêtent ou quand ils marchent dans la rue depuis le 15 décembre. Il fait chaud, ça ne ressemble pas à Noël et c'est tant mieux. On a mangé du fois gras et plein de chocolat chez Delphine, j'ai eu mal au ventre, plus l'habitude. Noël, c'est aussi des surprises, notamment un paquet qui est arrivé presque tout seul, accompagné d'une jolie histoire que je me permets de citer avec l'autorisation de son auteur. Merci JK...
« Jeudi dernier, j’allais à petits pas pressés rue Coquillière porter un paquet pour toi. Je devais le remettre à une madame C. dont la fille allait partir le lendemain vers Saigon. Il faisait froid. Je longeais le forum des Halles à la sortie du RER Sainte Eustache imposante au bord de la minuscule rue du Jour. Des restaurants prêts à accueillir les noceurs de fin d'année avec leur bordure de sapins habillés de rubans rouges. Tout à coup je pense que je n'ai même pas eu le temps d'enrubanner les petits cadeaux dans mon sac. J’entre dans un bureau de tabac et j’achète les moins moches papiers et rubans, plantés dans un pot entre les billets de loterie du nouvel an et les derniers paquets de cigarettes, avant la fin de la fumée publique. Dans la rue Coquillière, c'est encore le vieux Paris des petites boutiques pas trop chics où les concierges ont l'accent parigot. Mais derrière les portes de chêne, marteau cuivré et double code de sécurité, on ne trouve pas vraiment le titi de Paris. Quand je sonne, une voix méfiante me demande : « C'est pour quoi ? » Je me présente comme la livreuse du paquet attendu pour la maman de Caro (qui est en fait une amie de la fille de Madame C.). Ça me donne le droit de monter jusqu'au quatrième étage en essayant de ne pas me prendre les pieds dans le tapis de velours car l'ascenseur grincheux ne m'inspire pas confiance. Je sonne et, dans la porte à peine entrouverte, je vois une vieille dame qui assure la chaîne de protection, en tendant la main pour prendre ce que j’ai à lui remettre. Je prends mon souffle et je dis : « Je voudrais rendre mes paquets un peu plus jolis, et je viens d'acheter ce qu'il faut pour ça. Un paquet qui va aller si loin pour dire que c'est Noël là-bas aussi, mérite bien quelques soins. Et celle qui va le recevoir si loin vaut bien ça. Je ne voudrais pas vous déranger, mais j'aurais besoin d'une table pour arranger mes papiers-rubans. Je travaillais, je n'ai pas eu le temps de le faire avant. » Silence… Je crois un moment que la porte va se refermer. Je me sens un peu bête avec mes bouts de ficelle et mon scotch. Mais non, la vieille dame laisse tomber la chaîne. J'entre, je me présente. Elle m'explique qu'elle est seule, et veuve depuis trois mois, et triste, et méfiante, et qu'elle ne parle plus à personne. Elle m'apporte des ciseaux. En coupant-collant, je réponds à ses questions. Je suis qui ? Tu es qui ? Ah, oui, Bayard, elle y a abonné tous ses petits-enfants. Ah, le Cambodge, du temps où elle voyageait avec son mari ! Elle a tellement de livres de voyages qu'elle ne sait plus où les ranger dans son appartement vieillot, plein de bibelots. Elle sort une nappe brodée, elle va faire du thé, elle apporte des sablés à la cannelle. Son regard brille quand elle me parle de ses années lycée à Quimper, car elle est bretonne et allait le dimanche à Pentrez et à Pors ar Vag. Une heure après, il fait déjà nuit, elle n'en revient pas de n'avoir pas vu le temps passer. Avec un air triste elle soupire : « Je ne sortirai plus d'ici, rien ne va plus m'arriver maintenant. » Et je lui dis : « Ce n'est pas tout à fait vrai, on vient de faire le tour du monde en passant par la Bretagne, et vous ne me connaissiez même pas il y a une heure. Avec l'esprit ouvert, tout peut arriver, même ce que vous n'arrivez pas à imaginer. » Elle m'a raccompagnée à la porte, en disant que c'était vrai, elle avait encore des tas de choses à faire, et tout compte fait, elle pouvait encore descendre l'escalier. Quelle bonne idée, ce paquet ! Bonne fin d'année à toi, et des tas de surprises pour la 2008 qui arrive. Bisous. JK »

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Et juste avant Noël, quelques jours improvisés à la mer...

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