Déjà jeudi, plusieurs jours passés à Battambang souvent sous la pluie parfois sous un grand soleil, la mousson quoi ! Phare se situe sur un grand site au milieu des arbres au bord d'un chemin de terre rouge sans aucune lumière la nuit. On y entend toutes sortes de chants, celui des buffles, des crapauds, sans doute des cochons ou des sauterelles, c'est donc la campagne à quelques kilomètres de la ville où il ne se passe pas grand chose. A Phare, les maisons sont en bois, sur pilotis pour la plupart, il y a les bureaux à l'entrée, l'école de dessin un peu plus loin, l'école de musique, la maison des adolescents, l'école de cirque cette fois en dur, le restaurant, l'école tout court, la maison des enfants et puis la guest-house où nous logeons avec Im Lim, mon traducteur. Plusieurs enfants ou adolescents habitent ici à l'année, d'autres ne viennent que pour les cours de dessin, de musique ou de cirque. La plupart des étudiants de cirque ne sont d'ailleurs pas là, ils sont en tournée en Europe. Notre maison est immense mais vraiment très rudimentaire, un lit en bois avec un matelas qu'Im Lim n'utilisera pas, une moustiquaire, une chaise en plastique, quelques ceintres... Il y a l'électricité et ça fonctionne, ouf ! Je m'installe à l'étage dans une jolie pièce avec un très haut plafond sous le toit où les araignées ont bien décidé de faire leurs toiles un peu partout, peut-être un peu trop à mon goût, je me sens enfermée dans cette pièce et quand je me m'allonge sur le dos en regardant le haut de la moustiquaire, je vois des tonnes de mouches, moustiques et autres insectes ainsi que des milliers de poussières accrochés au tissu, certes, tout cela ne bougera pas mais, vraiment, je me sens très occidentale tout d'un coup et déménage le lendemain dans la grande, grande pièce vide à côté. J'installe un matelas par terre sur une natte, trouve une moustiquaire presque propre dans un vieux placard en fer et me fais un lit de princesse au milieu de rien. La salle de bains au rez-de-chaussée est un poème : un bac d'eau immense où stagnent toutes sortes de petites choses diverses, on ne sait pas trop quoi, deux petits sots, des toilettes à la turc et puis c'est tout ! Enfin, non, c'est nouveau, il y a un pommeau de douche moderne, ouf ! Et je ne sais pas pourquoi dans cette pièce là mais les moustiques attaquent ! Mais c'est propre. Au bout de quelques jours, je me lasse un peu de me laver les dents en crachant dans le trou des chiottes mais il n'y a pas trop le choix ! La dame qui fait la cuisine au restaurant n'est pas là parce qu'elle doit s'occuper de sa fille qui vient d'accoucher. Im Lim négocie donc que nous mangions avec les enfants dans leur maison. Alors tous les jours, le matin (avec l'excellente confiture de Clo fait-maison, un grand merci !), à midi et à six heures, nous mangeons par terre sur une natte souvent avec les enfants. Quand je veux débarrasser, la dame fait les gros yeux et m'empêche de l'aider. Alors, je ne bouge pas, quand j'arrive, je m'assieds et attend qu'on me serve, et je repars en disant merci. On se couche tôt, parfois très tôt mais comme je suis une très grosse dormeuse, ça ne me gêne pas vraiment. Parfois je regarde un DVD mais je ne peux pas brancher à la fois mon ordinateur et mes petites enceintes, et je commence à dévorer « Persepolis » la bande dessinée de Marjane Satrapi que m'ont prêtée Clo et Dom, elle est belle cette bd toute en noir et blanc et c'est assez prenant. Hier soir, nous sommes allés en ville avec Im Lim à la recherche d'un petit bar sympa mais ça n'a pas été très convaincant. Enfin, c'était histoire de changer un peu d'air. Il y a internet au bureau, il suffit de brancher un câble du mur à l'ordi et hop, ça marche, bien pratique et surprenant ici ! En ce qui concerne les cours, j'adore ! Il y a en tout vingt-trois stagiaires (dont trois professeurs de dessin), c'est énorme mais ça roule, presque que des jeunes gars en moyenne 18-22 ans. Il faut dire que les Khmers sont d'une gentille et d'une politesse remarquables, à dire oui, toujours sans pour autant laisser de côté leur personnalité. On est installé dans le restaurant (puisque la dame du restaurant n'est donc pas là) : une grande pièce carré en bois. La lumière est très faible parce que les fenêtres, aussi en bois, sont fermées par des antivols de vélo et on ne trouve pas les clés ! Quand il pleut, c'est un peu catastrophique au niveau de la luminosité surtout quand l'électricité est coupée comme hier ! Mais les stagiaires sont habitués, on déplace les tables vers les fenêtres qu'on a pu ouvrir et ça suffit, moi, je n'y vois pas grand chose mais je m'adapte ! On travaille toujours en s'inspirant de Polo ou Sophie la vache musicienne. Je ne sais pas trop ce qu'ils ont l'habitude de travailler en cours ici, j'ai cru comprendre qu'ils faisaient beaucoup de portrait, ils ont un sacré coup de crayon et sont bien surprenant quand il s'agit de créer un personnage pour les petits et d'inventer une histoire sans paroles. Ils ont l'air de bien aimer ce que je leur demande de dessiner, c'est assez nouveau pour eux, ils sont plein d'imagination. Un matin, on projette (avec un rétroprojecteur tout neuf, le seul souci c'est de trouver la prise qui fonctionne !) « Comment un livre vient au monde » qui explique la naissance d'une histoire jusqu'à l'impression et la diffusion d'un livre, ils sont passionnés et posent des milliards de question. A la pause de midi, qui durent trois heures, souvent, les stagiaires restent là et continuent de dessiner. Pour moi, c'est un vrai bonheur de travailler avec eux. Aucun d'entre eux n'a jamais publié mais je leur explique aussi comment faire un book, comment aller se vendre auprès d'un éditeur à Phnom Penh par exemple, ce serait vraiment dommage de laisser tant de talent à Battambang, au bout du monde. Pendant les heures de cours, on est bercé par les cris des enfants ou les cours de musique juste à côté, en gros, ils répètent deux morceaux dont… « Aline » de Christophe, et oui ! On lit tout plein d'albums quand Im Lim a eu le temps et la patience de les traduire, et on rigole bien ! Je n'arrive pas bien à retenir leurs noms malgré leurs badges accrochés sur la chemise. Eux, ils m'appellent « Anna » ou bien « Teacher ». Je crois que j'ai déjà mes préférés dont Hong, elle est toute petite, elle a quatorze ans et elle dessine de superbes mouches qui dorment sur des branches d’arbres avec des expressions pas possibles. Quand elle choisit d'illustrer « Peut-être que les dragons crachent du feu parce que, s'ils crachaient de l'eau, on les prendrait pour des pompiers. » parmi les citations du Livre des Peut-être, elle n'y arrive pas et je finis par comprendre que les camions de pompier n'existent pas à Battambang, bien sûr. Parfois, les soirées sont un peu longues mais, décidément, j'adore ce métier !

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Bienvenue à Phare Ponleu Selpak (Lumière de l'Art, en khmer)

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Notre guest-house

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La cuisine de la maison des enfants

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Im Lim, à table !

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Le vieux châpiteau du cirque

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Le restaurant transformé en école pour la formation

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La salle de cours

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On lit des albums traduits en khmer

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La table où je dépose tous mes livres sortis de la valise

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Lin

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Thy

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Robit

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Hong

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Il est midi, le marchand de gâteaux quitte Phare…

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… et les stagiaires aussi.