Phare Ponleu Selpak
Par anna tuyen tran le jeudi 20 septembre 2007, 17:10 - General - Lien permanent
Déjà jeudi, plusieurs jours passés à Battambang souvent sous la pluie
parfois sous un grand soleil, la mousson quoi ! Phare se situe sur un
grand site au milieu des arbres au bord d'un chemin de terre rouge sans aucune
lumière la nuit. On y entend toutes sortes de chants, celui des buffles, des
crapauds, sans doute des cochons ou des sauterelles, c'est donc la campagne à
quelques kilomètres de la ville où il ne se passe pas grand chose. A Phare, les
maisons sont en bois, sur pilotis pour la plupart, il y a les bureaux à
l'entrée, l'école de dessin un peu plus loin, l'école de musique, la maison des
adolescents, l'école de cirque cette fois en dur, le restaurant, l'école tout
court, la maison des enfants et puis la guest-house où nous logeons avec Im
Lim, mon traducteur. Plusieurs enfants ou adolescents habitent ici à l'année,
d'autres ne viennent que pour les cours de dessin, de musique ou de cirque. La
plupart des étudiants de cirque ne sont d'ailleurs pas là, ils sont en tournée
en Europe. Notre maison est immense mais vraiment très rudimentaire, un lit en
bois avec un matelas qu'Im Lim n'utilisera pas, une moustiquaire, une chaise en
plastique, quelques ceintres... Il y a l'électricité et ça fonctionne,
ouf ! Je m'installe à l'étage dans une jolie pièce avec un très haut
plafond sous le toit où les araignées ont bien décidé de faire leurs toiles un
peu partout, peut-être un peu trop à mon goût, je me sens enfermée dans cette
pièce et quand je me m'allonge sur le dos en regardant le haut de la
moustiquaire, je vois des tonnes de mouches, moustiques et autres insectes
ainsi que des milliers de poussières accrochés au tissu, certes, tout cela ne
bougera pas mais, vraiment, je me sens très occidentale tout d'un coup et
déménage le lendemain dans la grande, grande pièce vide à côté. J'installe un
matelas par terre sur une natte, trouve une moustiquaire presque propre dans un
vieux placard en fer et me fais un lit de princesse au milieu de rien. La salle
de bains au rez-de-chaussée est un poème : un bac d'eau immense où
stagnent toutes sortes de petites choses diverses, on ne sait pas trop quoi,
deux petits sots, des toilettes à la turc et puis c'est tout ! Enfin, non,
c'est nouveau, il y a un pommeau de douche moderne, ouf ! Et je ne sais
pas pourquoi dans cette pièce là mais les moustiques attaquent ! Mais
c'est propre. Au bout de quelques jours, je me lasse un peu de me laver les
dents en crachant dans le trou des chiottes mais il n'y a pas trop le
choix ! La dame qui fait la cuisine au restaurant n'est pas là parce
qu'elle doit s'occuper de sa fille qui vient d'accoucher. Im Lim négocie donc
que nous mangions avec les enfants dans leur maison. Alors tous les jours, le
matin (avec l'excellente confiture de Clo fait-maison, un grand merci !), à
midi et à six heures, nous mangeons par terre sur une natte souvent avec les
enfants. Quand je veux débarrasser, la dame fait les gros yeux et m'empêche de
l'aider. Alors, je ne bouge pas, quand j'arrive, je m'assieds et attend qu'on
me serve, et je repars en disant merci. On se couche tôt, parfois très tôt mais
comme je suis une très grosse dormeuse, ça ne me gêne pas vraiment. Parfois je
regarde un DVD mais je ne peux pas brancher à la fois mon ordinateur et mes
petites enceintes, et je commence à dévorer « Persepolis » la bande
dessinée de Marjane Satrapi que m'ont prêtée Clo et Dom, elle est belle cette
bd toute en noir et blanc et c'est assez prenant. Hier soir, nous sommes allés
en ville avec Im Lim à la recherche d'un petit bar sympa mais ça n'a pas été
très convaincant. Enfin, c'était histoire de changer un peu d'air. Il y a
internet au bureau, il suffit de brancher un câble du mur à l'ordi et hop, ça
marche, bien pratique et surprenant ici ! En ce qui concerne les cours,
j'adore ! Il y a en tout vingt-trois stagiaires (dont trois professeurs de
dessin), c'est énorme mais ça roule, presque que des jeunes gars en moyenne
18-22 ans. Il faut dire que les Khmers sont d'une gentille et d'une politesse
remarquables, à dire oui, toujours sans pour autant laisser de côté leur
personnalité. On est installé dans le restaurant (puisque la dame du restaurant
n'est donc pas là) : une grande pièce carré en bois. La lumière est très
faible parce que les fenêtres, aussi en bois, sont fermées par des antivols de
vélo et on ne trouve pas les clés ! Quand il pleut, c'est un peu
catastrophique au niveau de la luminosité surtout quand l'électricité est
coupée comme hier ! Mais les stagiaires sont habitués, on déplace les
tables vers les fenêtres qu'on a pu ouvrir et ça suffit, moi, je n'y vois pas
grand chose mais je m'adapte ! On travaille toujours en s'inspirant de
Polo ou Sophie la vache musicienne. Je ne sais pas trop ce qu'ils ont
l'habitude de travailler en cours ici, j'ai cru comprendre qu'ils faisaient
beaucoup de portrait, ils ont un sacré coup de crayon et sont bien surprenant
quand il s'agit de créer un personnage pour les petits et d'inventer une
histoire sans paroles. Ils ont l'air de bien aimer ce que je leur demande de
dessiner, c'est assez nouveau pour eux, ils sont plein d'imagination. Un matin,
on projette (avec un rétroprojecteur tout neuf, le seul souci c'est de trouver
la prise qui fonctionne !) « Comment un livre vient au monde » qui
explique la naissance d'une histoire jusqu'à l'impression et la diffusion d'un
livre, ils sont passionnés et posent des milliards de question. A la pause de
midi, qui durent trois heures, souvent, les stagiaires restent là et continuent
de dessiner. Pour moi, c'est un vrai bonheur de travailler avec eux. Aucun
d'entre eux n'a jamais publié mais je leur explique aussi comment faire un
book, comment aller se vendre auprès d'un éditeur à Phnom Penh par exemple, ce
serait vraiment dommage de laisser tant de talent à Battambang, au bout du
monde. Pendant les heures de cours, on est bercé par les cris des enfants ou
les cours de musique juste à côté, en gros, ils répètent deux morceaux dont…
« Aline » de Christophe, et oui ! On lit tout plein d'albums
quand Im Lim a eu le temps et la patience de les traduire, et on rigole
bien ! Je n'arrive pas bien à retenir leurs noms malgré leurs badges
accrochés sur la chemise. Eux, ils m'appellent « Anna » ou bien
« Teacher ». Je crois que j'ai déjà mes préférés dont Hong, elle est toute
petite, elle a quatorze ans et elle dessine de superbes mouches qui dorment sur
des branches d’arbres avec des expressions pas possibles. Quand elle choisit
d'illustrer « Peut-être que les dragons crachent du feu parce que, s'ils
crachaient de l'eau, on les prendrait pour des pompiers. » parmi les
citations du Livre des Peut-être, elle n'y arrive pas et je finis par
comprendre que les camions de pompier n'existent pas à Battambang, bien sûr.
Parfois, les soirées sont un peu longues mais, décidément, j'adore ce métier
!

Bienvenue à Phare Ponleu Selpak (Lumière de l'Art, en khmer)

Notre guest-house

La cuisine de la maison des enfants

Im Lim, à table !

Le vieux châpiteau du cirque

Le restaurant transformé en école pour la formation

La salle de cours

On lit des albums traduits en khmer

La table où je dépose tous mes livres sortis de la valise

Lin

Thy

Robit

Hong

Il est midi, le marchand de gâteaux quitte Phare…

… et les stagiaires aussi.

Commentaires
anna oi, mega respect, ces photos parlent d'elles meme.. ca fait vraiment plaisir de te voir embarque dans de si belles aventures !
Coucou !
quel enthousiasme, j'adore. Contente de voir que confiture et satrapi justifient leur poid et leur encombrement dans ton sac. Nous on a eu moins de chance : la confiture a coulé et ma première activité parisienne, hier, a été de faire une lessive.
On va bien, on est heureux comme le pape en France, dans la plus belle ville du monde, sous un soleil radieux.
je t'embrasse.
petite journée chez moi à écrire
et si je faisais une petite pause...
et hop embarquée à Battabang avec Anna !
Mmmh merci pour le p'tit voyage.
des bisous