Mini coup de blues ce week-end parce que, encore trop de fête et trop d'alcool… C'est impossible ici de faire la fête sans boire, c'est dans l'air du temps et celui de la ville, encore plus celui des boîtes de nuits où l'adage « sans alcool, la fête est plus folle ! » ne s'applique pas du tout. Une légère envie de rentrer en France aussi, peut-être, après plus d'un an et demi ici pour revoir ma petite famille à Nantes et mes amis à Paris. Mais Matthieu arrive bientôt et puis je reçois un mail d'autres amis qui viennent fin octobre : tout plein de bonheur en perspective. Passer Noël en France, c'est exclu, comme vous imaginez alors... bon, ben, on verra ! Alors j'envoie un mail en France, un simple « Comment ça va ? », parce que j'ai l'impression que tout le monde sait de tout de ma vie en lisant le blog et puis, en retour, on oublie de me donner des nouvelles, à moi, ici, au bout du monde. Et très vite, je reçois de longs mails, de très longs mails, me décrivant les activités des uns, des autres, en détail, beaucoup font allusion à la politique en France (à suivre). Et ça fait vraiment plaisir de vous lire, plus que ça, ça fait du bien !
Hier une journée comme je les aime à Saigon : réveil en douceur vers huit heures (c'est tard pour ici mais pour moi, c'est parfait !), je déplace le meuble-hifi du proprio contre un autre mur sans vraiment savoir pourquoi, histoire de changer, histoire de dire qu'il sera moins moche ici mais non, c'est assez raté, tant pis ! Je reçois un coup de fil de Tan, professeur en psychologie franco-vietnamien avec qui j'ai déjeuné dimanche, un ami de Thuan, lui même ami de Sam. Tan est presque à l'âge de la retraite, il est passionné et passionnant avec humilité et sagesse. Il organise des colloques de psychologie au Vietnam, plutôt à Hanoi, donne aussi des cours au Vietnam et en France à Paris. Il me fait penser à Tri, la même histoire : originaire du Mékong, débarque en France en 1954, ne parle pas très bien vietnamien parce qu’éducation française à Saigon… On discute de mon projet d'édition, il trouve l'idée très intéressante parce que, lui aussi, bien sûr, dit qu'il y a un public. On va déjeuner dans une de mes bonnes vieilles cantines viet sous une fine pluie rafraîchissante. Il a un regard et un sourire malicieux qui en disent long de son expérience. Je récupère un matelas que nous avions prêté à Olivier parce qu'on devait récupérer à notre tour le lit d'un copain de Sam mais ça n'a pas pu se faire pour des raisons mystérieuses de longues incompréhensions et quiproquos sans nom, bref, le matelas revient avec un monsieur cyclo et mon xe-om préféré, Cung, tous deux dégoulinant de sueur. Et puis Cung me dépose à la poste où m'attend un paquet de France. Il faut bien dire que c'est un de mes moments préférés : aller à la poste chercher un paquet. Le paquet d'Agathe et Jean Vincent est bien gros, je suis toute excitée comme une gamine qui reçoit un cadeau d'anniversaire. Nous passons par le marché Ben Thanh et de retour à la maison, j'ouvre mon paquet avec Cung qui ne comprend pas très bien ce que je viens de recevoir. Mais c'est un petit miracle que je viens recevoir : des flip-books, des livres, des cartes-jeux, un abécédaire. Des illustrations et des textes de Jean Vincent (Sénac) absolument divins. Je ne pleure pas, mais... Un grand, un grand merci... Les enfants ne tardent pas à pointer leur nez pour aller dessiner dans ma chambre. Elles ne sont que deux, c'est bien, elles n'ont pas vraiment besoin de moi, sagement, elles s'installent et sortent les crayons et les feutres de leur boîte en plastique. Je leur fais vraiment confiance et ils ont tous bien compris quelle unique étagère de la bibliothèque était à leur disposition. Il n'y a pas de souci. Lucien appelle, il a envie de fromage et de vin : facile ! Enfin, non, pas si facile surtout pour le fromage, mission un peu ratée au Zen Plazza : camembert président dans un emballage futuriste sans aucun goût, et gouda français d'une fadeur au palais impressionnante. Le vin du caviste dans la rue est bon, le pain, sorti du four, n'est pas terrible. On s'installe dans le patio, pour changer un peu et se sentir à la campagne : il y a un air de famille en pique-nique avec nos enfants qui crient partout ! D'ailleurs très vite, c'est l'invasion, hop, tout le monde dehors, ouste ! Il faut dire qu'il y a une ambiance spéciale dans la ruelle. Une vieille voisine est morte hier, je la voyais malade dans son lit depuis quelque temps. Alors, on installe les tables dehors, on invite les voisins. Le corps de la vieille dame est dans son lit sous la moustiquaire, la porte ouverte. Il y a des bananes posées sur son ventre. Dans quelques jours, ce sera la cérémonie avec tout le monde en blanc, beaucoup de nourriture, de musique et d'encens pendant toute la journée. Et puis coup de fil de Im Lim, le traducteur cambodgien avec qui je travaille pour les formations au Sipar et à Phare au Cambodge, il est à Saigon pour le travail, et passe à la maison. C'est rigolo de le voir ici ! Hoa, notre voisine, m'offre un tee-shirt orange à manches longues, elle me dit que je ne protège pas assez mes épaules du soleil comme les Vietnamiennes ! Cette nuit, je dors à l'étage dans notre espèce d'espace télé, il fait un peu chaud mais dans ma chambre, c'est vraiment trop bruyant.
Je dédie ce billet à Chonchon...