L'aventure (celle de rechercher une maison) n'aura pas duré très longtemps ! C'est toujours ce même paradoxe ici : tout peut aller très doucement pour faire certaines choses comme tout peut aller à une vitesse surprenante et il faut même se dépêcher sans trop réfléchir. Et c'est le cas ! Lundi, je visite une première maison tout près du bureau dans une des petites allées que j'ai arpenté mille fois en regardant s'il n'y a pas une petite pancarte : « nha cho thue » qui signifie donc « maison à louer ». C'est une maison typiquement vietnamienne qu'on appelle « up and down » parce que les escaliers sont raides et étroits, la maison aussi est étroite en général à deux ou trois étages, le salon en bas tout sombre, la cuisine, au premier étage une ou deux chambres, la même chose au deuxième étage, et souvent une terrasse au dernier étage. Ces maisons sont assez froides, souvent sombres mais parfois c'est bien parce qu'il peut y faire très chaud. Bref, celle-ci sur Li Thi Rieng, c'est ce genre là avec un petit d'espace devant la maison pour ranger les motos derrière un gros portail. La propriétaire a l'air toute mimi sauf que, ben, elle habite dans la maison juste derrière une petite porte au fond de la cuisine qu'elle m'ouvre pour me montrer une pièce sans lumière où elle vit avec sa famille : gloups ! Au premier étage, il y a une grande chambre séparée par une baie vitrée pour faire comme si il y a avait deux chambres ! Il y a une autre pièce à cet étage mais c'est aussi à la propriétaire. Là, ça ne va pas être possible ! C'est dommage le rez-de-chaussée était chaleureux avec des jolis carreaux au sol ce qui est très rare dans les maisons ! Bref, monsieur Nam de l'agence a l'air de bien comprendre ma déception et m'emmène voir un appartement. Je préfère une maison mais pourquoi pas si ça ressemble au bureau ou à l'appartement de Sandrine et Bertrand. Nous allons dans le district 4, il faut traverser le pont, je me dis qu'en vélo, je n'arriverais même pas à monter cette côte ! Et loin, loin, on traverse des routes boueuses qui longe le chemin de fer pour arriver à un immense immeuble tout neuf surveillé par un gardien : une sorte de parc à étrangers ou vietnamiens super riches. Je regarde Nam toute déçue en lui disant que ce n'est pas la peine de visiter, je ne veux pas habiter ici ! Il a compris ce que je veux et me rappelle dès qu'il a autre chose à me montrer. Le lendemain, mardi, j'ai rendez-vous à 8.30 avec une autre agence pour une visite. Mais à huit heures, texto en vietnamien : la maison est déjà louée. A midi, pendant que je déjeune avec Aline et Roma pour leurs dernières heures à Saigon, texto de monsieur Nam : « Anna, there is a nice house available in your chosen area. Can you wait for us in front of KFC behind The New World Hotel in fiveteen minutes? » Ça se passe comme ça. Je confirme par un « Ok » efficace et enfourche mon vélo. J'aime bien le quartier aussi très central sur Co Giang. La maison est dans une allée vraiment, vraiment très sombre. La maison « up and down » est refait à neuf mais avec goût. Il n'y a pas du tout de petite cour devant la maison pour ranger les motos, dans ces cas-là, on les gare dans le salon, c'est très fréquent ! Le rez-de-chaussée est vraiment très sombre, on ne peut absolument pas y vivre sans lumière la journée. Ici, quand on dit lumière, c'est par défaut : néon ! Il y a une porte au fond de la cuisine. Je me dis, il y a peut-être un peu de lumière derrière : raté, c'est le mur du voisin, tout gris à cinq centimètres de mon nez ! A l'étage une sorte de mezzanine au-dessus de salon mais trop petite pour y faire quoi que ce soit, et une chambre si petite qu'on ne peut même pas mettre à matelas deux places, aucune fenêtre, très bas de plafond. Il y a exactement la même chambre au deuxième étage et une chambre plus grande avec une fenêtre. Et une très belle terrasse au dernière étage. Le propriétaire me propose immédiatement de faire une fenêtre dans une des chambres. Il a l'air tout triste que sa très belle maison refait à neuf ne me plaise qu'à moitié. Je montre à monsieur Nam le souci dans les toutes petites chambres sans fenêtre : « Regardez, là, dans cette pièce, je ferme la porte, moi, je ne respire pas et vous ? » En réponse : un sourire… Bon, ce n’est pas grave, on continue les visites ! Là, il commence à pleuvoir des trombes d'eau et on est obligé de s'arrêter. C'est ma première mousson en vélo, je n'aime pas du tout ça ! On repart, sur la route, je perds Monsieur Nam mais bon avec les téléphones portables, ce n'est pas dur de se retrouver. Nous tournons à droite dans la rue juste derrière l'hôtel puis à gauche dans une toute petite allée qu'on appelle ici « hem », et puis encore à droite. Tout au fond de l'allée, une impasse, derrière, une petite grille fermée avec un verrou (comme partout) et une dame qui nous ouvre la porte et là, je tombe sous le charme, comme ça ! Le salon est immense, c'est très rare ici, carré (nous calculerons par la suite, il doit faire 40 m2 environ), la cuisine est ridicule. Il y a une salle de bains en bas. A l'étage, une petite chambre avec salles de bain, un petit cagibi, un grande espace entre les deux qui ne peut pas vraiment faire chambre mais un bel espace commun ou un bureau, un balcon qui fait tout le tour de la maison. Et puis surtout, au rez-de-chaussée une pièce totalement indépendante de 30 m2 environ qui peut faire une très joli chambre-bureau avec un bon coup de peinture. La maison est vieille, on dirait une maison de campagne, rien à voir avec les maisons « up and down » avec des escaliers en faux marbre tout durs ! La maison est situé à deux pas de l'hôtel, très central donc mais j'aurais pu éviter de rester dans le quartier routard ! Et là, la négociation commence. Elle durera deux jours. Le souci, c'est qu'il faut se dépêcher parce que les maisons se louent en cinq minutes. Ça stresse un peu. Le truc, c'est que je me sens bien dans ce grand salon une fois que les imposants meubles des propriétaires auront disparu ! Je reste presque deux heures avec la propriétaire, son frère, monsieur Nam de l'agence et son collègue. Ils doivent quitter le Sud pour aller vivre à Hanoi. Mais je dois tout de même avoir l'avis de Sam. Je propose de revenir le soir, du coup, ils nous invitent à dîner. De retour à la maison, j'hésite, ce n'est pas du tout la maison de mes rêves, il y a toute la peinture à faire et pas mal d'investissement en matière de meubles, même basiques. Et le prix du loyer n'est pas si peu cher et il faut laisser quatre mois de dépot de garantie, c'est énorme ! Par rapport à ce que je paie tout compris à l'hôtel, je ne vais pas faire d'économie et Sam non plus. Bien sûr, on sera chez nous, ça n'a rien à voir sauf que je me sens chez moi à l'hôtel aussi. Bref, on voudrait réfléchir mais nous n'avons pas vraiment le temps de réfléchir. Je retourne à la maison avec Sam, une bouteille de vin à la main. Le proprio aura d'ailleurs le même vin chez lui, la surprise est un peu raté. Sam aime bien la maison, comme moi, il trouve qu'elle a besoin d'un gros coup de peinture, comme moi, il sait qu'on ne va pas faire d'économie. Et comme moi, il a besoin de réfléchir. Nous dînons là en trinquant toutes les trois minutes. Et puis quand même, on se donne la nuit pour réfléchir. Mais le soir, après mûres réflexions, on se dit que je n'ai visité que trois maisons, ce n'est pas beaucoup, que je peux continuer au risque de perdre celle-là. Alors, on dit : NON. Mais le matin, on ne sait plus, on hésite. Je vois deux autres maisons ce mercredi. Une vraiment pas chère dans une allée sur une des plus grosses avenues de Saigon, Nguyen Thi Minh Khai, pas très agréable, une autre pas mal, dans un quartier sympa mais bon, une maison sans charme. Alors le soir, je retourne avec Sandrine dans la fameuse maison pour avoir un autre avis. Elle la trouve bien, elle dit qu'on peut en faire un truc vraiment sympa, ce dont je suis sûre. Echanges de coup de fil avec Sam et nous décidons de la prendre, monsieur Nam revient avec son contrat de réservation, je laisse un peu de sous, je signe et voilà. Mais je doute encore : argh! Et si elle était bruyante, et si on ne dormait pas bien dans cette maison, et si, et si… Je voudrais y vivre un jour et une nuit pour voir si ça va mais ça, ce n'est pas possible ! Entre temps, l'agence qui s'occupe de mon appartement à Paris a trouvé une locataire pour une année, ça c'est une bonne nouvelle. C'est encore l'heure de quelques négociations, décidément ! Et ce matin, j'apprends que Bayard a annoncé officiellement son déménagement. Bayard quitte la prestigieuse rue Bayard du huitième arrondissement. Dans un an, sa nouvelle adresse sera : 18 rue Barbes, à Montrouge…

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Avant les photos de la maison, le nom de la rue…

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et ma future adresse : 26/24/24 Do Quang Dau