Aujourd'hui, c'est une journée comme je les aime à Saigon un peu comme avant, quand j'avais du temps, quand tout me semblait léger malgré un réveil un peu douloureux, toujours ces problèmes de sciatique qui ont l'air de s'atténuer très, très, très doucement grâce aux petites aiguilles malicieuses de mon acuponcteur. Déjeuner avec Sam dans un de mes restaus viet préféré « Banh Xeo » où l'on mange les meilleurs cha gio de Saigon qui me font penser à ceux que faisait ma grand-mère au Kremlin-Bicêtre. Je me souviens qu'on pouvait débarquer à n'importe quelle heure chez elle, il y avait toujours d'excellents cha gio, chauds et croustillants, gras comme il faut ! Petite sieste à la maison interrompue par Viet, mon prof de viet, qui toque à la porte. La leçon est extrêmement laborieuse, je ne travaille pas assez entre les cours, cette langue me paraît si difficile mais comme toujours, on rigole ! Je travaille un peu à différentes choses, prépare ma formation à Phnom Penh très bientôt. Eddy m'envoie un texto pour aller boire un verre. Je vais à sa rencontre dans un café du quartier. Vous savez, Eddy est illustrateur belge installé au Vietnam, il vient de sortir une bande dessinée chez un éditeur vietnamien : « Sieu Nhan Do, red shadow ». Sa copine vietnamienne, An, écrit les textes, il fait les dessins. Le jour de la sortie, que j'ai raté, Eddy me raconte que de jeunes cascadeurs vietnamiens en tenue de son super héros se sont afrontés et ont cassé des briques sur leur tête… Il paraît que c'était surréaliste et je veux bien le croire. Au café, An, aussi prof de viet, nous rejoint avec Patricia, une amie de Paris de passage pour quelques mois ou plus si affinités. Justin ne tarde pas et nous partons dîner un peu plus loin dans le quartier où nous attend Ruppert. Une journée qui passe, une journée sans souci.
Mais aujourd'hui, c'est aussi mon dernier jour officiel à Bayard. C'est bien symbolique tout ça mais, oui, officiellement, c'est fini ! Je me souviens à chaque fois qu'il y avait un pot de départ à Bayard, je me disais : jamais je ne pourrais partir, jamais je ne pourrais faire un discours de pot de départ. Et bien voilà, je n'aurais pas eu l'occasion de le faire. Mais qui l'eut cru, qui l'eut cru que je ne reviendrais pas ? Tout ça à cause d'un livre : « Mon carnet vietnamien ». Je laisse tant de choses derrière moi, je laisse tant de gens là-bas mais je suppose que l'avenir est là, droit devant moi, ouvert… Et puis, je reviendrais peut-être ! J'en profite pour faire le tour des potes au téléphone avec skype : Marie, Agnès et le mini-pôle, Hervé. Il est six heures en France, Marine est partie, Bertrand aussi, Gwen n'est pas là. Pendant que j'appelle Régis et Pascal à la cellule, Marie-Christine est en ligne avec Serge à New York, la classe : allez, au revoir Bayard !