Samedi, nous commençons à prendre les photos du calendrier. Cam installe les lumières pendant que Roma, notre premier modèle, s'impatiente un peu. Aujourd'hui est aussi un grand jour car nous devons signer notre contrat pour une ancienne maison coloniale française. C'est là que nous allons nous installer avec Bertrand, Sandrine et Jean. La maison est magnifique, grande, nichée derrière des petites boutiques sans charme. Il y a quelques travaux à faire, disons qu'il faut rafraîchir tout ça. Nous voulons faire la surprise à Sandrine qui débarque ce matin de France. On a déjà commencé à négocier le contrat, avec le propriétaire vietnamien, pas très conciliant. Mais voilà, une demi-heure avant le rendez-vous pour la signature, le propriétaire nous appelle et annule le contrat : il ne veut plus louer, il nous annonce qu'il veut habiter lui-même la maison ! Vrai ou pas, tout s'effondre ! Nos jolis rêves d'installation s'envolent en deux secondes... La déprime s'installe très vite. J'ai même les larmes aux yeux. Elle était parfaite cette maison ! Je me concentre sur les photos du calendrier sans réfléchir... Et on rigole bien ! Tout le monde joue le jeu. Justin a tout bien préparé. Le lendemain, c'est un peu la course pour préparer les bagages pour Phnom Penh. Il me faut une valise à roulettes pour transporter tous les livres et magazines dont j'ai besoin. Je passe chez Sandrine récupérer les cadeaux que Mai lui a confiée. Cléo a fait un dessin de Polo, Sinh m'a écrit un petit mot, je suis toute émue !
Et je me dirige vers l'aéroport toujours un peu triste de quitter Saigon. C'est dimanche, les aéroports sont déserts, et à Saigon et à Phnom Penh. Jacqueline m'attend avec monsieur So, le comptable du Sipar chez qui elle habite. Elle m'a trouvée une chambre d'hôtel bien sympa. Il y a un petit coin salon et une cuisine sans lumière, la chambre est grande et il y a même une terrasse. Le dimanche soir, je me sens un peu perdue sans repères, sans amis mais très vite, je crée des liens avec mes voisins, les gens de l'hôtel, le serveur du bon café du coin, ou du resto où l'on mange d'excellentes galettes bretonnes.
Lundi, huit heures, Héloïse vient me chercher en moto pour aller au Sipar. Je l'avais déjà rencontrée en mars. L'endroit est tout prêt. On fait la formation dans une grande salle aérée. Les stagiaires, tous très jeunes, sont en retard, il paraît que c'est normal ici mais ça énerve Hélo qui se casse la tête à essayer d'organiser tout ça comme il faut ! Bon, voilà, il faut se lancer. Tout se passe bien, c'est passionnant ! Ma traductrice, elle aussi toute jeune, a l'air de tout comprendre et de bien transmettre ce que je raconte. Les stagiaires sont curieux, vifs, parlent beaucoup entre eux, s'interrogent, m'interrogent. Et on rigole bien ! A midi, on fait une grande pause pour que les stagiaires aient le temps de rentrer chez eux. Je vais déjeuner chez Hélo avec son mari Pascal, qui a longtemps travaillé à Bayard, et leur petite fille Valentine. Et on parle des journaux pour les enfants, ici ou ailleurs, à Phnom Penh ou à Saigon. Je me (re)dis qu'il y a vraiment des choses à faire à Saigon dans ce domaine. Le soir je vais faire des courses au supermarché, super cher, pour pouvoir petit déjeuner chez moi et je dîne avec Jacqueline.
Le lendemain, mardi, on continue de bien travailler sur le rapport du texte et des images dans les fictions pour les petits. A midi, je pars en moto au lycée français pour aller emprunter quelques albums jeunesse à la bibliothèque. Et le soir, je vais dîner avec Jacqueline chez monsieur So, sa femme et leurs cinq enfants. Petit à petit, je commence à me sentir bien dans cette ville où mon seul regret est de ne pas parler la langue. Monsieur So m'a gentiment prêtée un vélo. La circulation est beaucoup plus fluide qu'à Saigon et j'évite les grosses artères. Tout devrait aller bien !