De l'art de sourire au Vietnam
Par anna tuyen tran le dimanche 30 juillet 2006, 00:09 - General - Lien permanent
Tout le monde n'adore pas le Vietnam et Saigon comme moi, ça râle souvent
parce que les Vietnamiens promettent des choses, disent toujours
« oui » de la tête et au final, ça ne se passe pas toujours comme on
voudrait. Leurs sourires peuvent agacer parfois. Mais moi je continue de
trouver ça drôle, d'essayer de m'adapter, de ne jamais m'énerver. C’est dans ma
nature je crois et c'est encore plus accentué dans ce pays. Le serveur n'a pas
compris que je voulais un lemon juice et il me sert un tra da (thé glacé),
est-ce que cela mérite vraiment un scandale ? Le xe om veut me soutirer
quelques dongs supplémentaires, s'il a un sourire jusqu'aux oreilles, moi, je
veux bien céder. Cela dit, j'arrive plutôt bien à négocier maintenant. Combien
de fois je peux dire « ce n'est pas grave » parce qu'un Vietnamien
n'a pas compris ce que je voulais. Et de fait, ce n'est jamais très grave.
D'ailleurs, je dois certainement lui demander quelque chose d'incompréhensible
pour lui, trop différent. Mais j'imagine que dans le monde du travail, ça
devient très énervant de ne jamais obtenir ce que l'on veut, je n'ai pas
beaucoup d'expérience en la matière. Mais je reste énervée par les Occidentaux
qui s'énervent, qui crient et ça arrive souvent ! Enfin, tout ça pour dire
qu'on peut s'énerver contre le système viet, c'est qu'on a oublié le système
français. Pour l'anecdote, avant de quitter la France, j'ai modifié mon
abonnement de téléphone portable chez Orange pour pouvoir appeler du Vietnam.
Je ne peux pas arrêter mon abonnement parce que je me suis engagée pour deux
ans quand j'ai acheté mon dernier portable à dix euros. On me propose alors un
forfait bloqué que je ne peux pas dépasser (il s'appelle Zap) pour quelques
euros par mois. Je m'aperçois vite que je peux recevoir des coups de fil ou des
textos, envoyer des textos mais je ne peux pas téléphoner. J'envoie plusieurs
mails à Orange qui me répond que tout devrait bien fonctionner mais que si le
problème persiste, je peux les appeler. Merci Orange ! Cinq mois passent
ici et le problème persiste. Alors hier, je décide d'appeler Orange avec Skype
et mon super casque d'hôtesse d'accueil. « Bonjour madame… » Et
patati et patata, j'explique mon problème. J'ai une première personne en ligne
puis une seconde. « Vous appelez de l'étranger madame ? »,
« Oui, j'appelle avec internet ! ». La dame poursuit :
« Ah, oui, je sais, ça ne fonctionne pas très bien pour appeler l'étranger
avec ce forfait, mais il n'y a pas que du Vietnam que ça ne fonctionne pas,
vous savez. » C'est quand même un forfait qu'Orange m'a vendue pour
appeler de l'étranger et bon, est-ce que c'est un argument convainquant de me
dire que ça ne fonctionne pas aussi dans d'autres pays ? Pas sûre. La dame
continue : « Sinon, vous pouvez essayer de faire comme-ci ou
comme-ça. », « Oui, j'ai déjà tout essayé, je vous remercie. Donc il n'y a
pas vraiment de solutions si je comprends bien ? », « A moins de
changer de forfait (un truc super cher j'imagine), non, il n'y a pas de
solution. Je vous souhaite un très bon séjour madame. » La conversation se
termine par un très poli « merci madame » de ma part avec un sourire
jusqu'aux oreilles. Moi je dis, merci Orange ! Mais voilà, là non plus, je
décide de ne pas m'énerver.
Et parfois le Vietnam peut surprendre. Je devais renouveler mon visa pour six
mois. Tout le monde ici parle de galère pour renouveler son visa, du temps que
ça prend, parfois plus d'une semaine pendant laquelle on ne peut pas quitter la
ville. Fred et Gwen arrivent de France demain avec Matéo, je ne sais pas encore
si je vais bouger avec eux mais je n'ai pas envie de rester coincée ici pour
une histoire de visa. Je me renseigne et sur les conseils de Brigitte, je vais
dans une petite agence sur Ton That Tiep, au premier étage. Il faut traverser
une boutique pour y accéder. Là, tout le monde m'accueille très gentiment et
après quelques faciles explications dans un mélange de viet et d'anglais, ils
m'assurent que j'aurais mon visa le lendemain à la même heure. Je n'y crois pas
vraiment : une journée pour faire un visa quand ça peut mettre plus d'une
semaine ? Bien sûr, le prix est plus élevé mais je laisse mon passeport et
mon numéro de téléphone. Et le lendemain après-midi, à cinq heures, l'agence
m'appelle : mon visa est prêt ! Est-ce possible ? J'y passe le
lendemain, et je découvre mon visa, tout à fait comme il faut ! Je paye et
je m'en vais ! Peut-être que j'ai de la chance, moi, ici ou peut-être que
mes sourires suffisent, qui sait ?

Commentaires
Ahhh le pays du sourire...
Je préfère me faire rouler avec le sourire, question de point de vue :)
Cette fois, je vous dit "Bravo", Anna. Le sourire des vietnamiens (surtout des vietnamiennes, dans mon cas) a été ma première surprise agréable et fait l'objet de ma première réflexion au retour de mon premier séjour au VN. J'adhère complètement à l'analyse et à la démonstration que vous faites. Que les vietnamiens fassent parler par leurs sourires, c'est tout de même plus enviable que l'étiquette de râleur impénitent dont on nous affuble à juste titre. J'ai aussi pas mal d'exemple de civilité étonnante rencontrés : cet opticien de Saïgon qui m'a parfaitement redressé mes lunettes sur lesquelles j'avais marché un matin... embrumé (aïe, aïe!) et qui n'a pas voulu que je lui paie son intervention. Et en mars de cette année, ce xé om de Hanoï qui m'a conduit de Ba Dinh jusqu'au musée ethnologique situé à 10kms du centre et qui n'a pas voulu que je le paie "parceque j'étais français" et qu'il voulait me faire plaisir". Quand on sait leurs difficultés au quotidien pour la plupart d'entre eux, leur sourires c'est d'abord un cadeau et une leçon de savoir-vivre pour nous. Bonne continuation, Anna sur ce chemin qui vu d'ici m'apparaît encore riche d'humanité individuelle. La fleur de lotus n'émerge-t-elle pas de la mare sombre ?