Mardi 7 mars, une pensée pour l'anniversaire de Tri !
Je vais dîner au Jardin, cet endroit délicieux sous les arbres dans le centre culturel français. Il y a un air de Marais Parisien en été, la nuit devient douce, encore chaude... Il fait nuit à six heures ici vous savez ! Les plats sont excellents au Jardin, on commande dans un mélange de Français-Anglais-Vietnamien. Je crois que je n'ai jamais mangé un gigot d'agneau aussi bon, si, si ! Je rencontre enfin Guislain qui faisait parti du projet de départ à Hoi An de Wonderful District, l'idée de monter une résidence d'artiste. Mais Sandrine et Bertrand sont revenus à Saigon. Et Guislain, avec Karen et Jérome, voudraient conserver le projet mais tout est compliqué avec les propriétaires de la maison à Hoi An. Cela sera-t-il possible ? Le contrat n'est toujours pas signé. Guislain travaille aussi sur le festival de Hué en juin. J'espère pouvoir emmener Matthieu, Bruno et Philippe quand ils viendront à ce moment-là. Le festival attire beaucoup de monde, il faudra s'organiser !
Stéphane et sa maman doivent partir le lendemain en France. Nous passons à la Casa Latina. En dix jours de temps, ils ont refait toute la déco, repeint les murs et le plafond en rouge, modifier les meubles mais le lieu reste un peu froid. Je rencontre encore d'autres Viet Kieu avec des histoires similaires à la mienne, à la nôtre. Nous passons faire un petit coucou à Dédé au Long Phi près de l'hôtel. Il fait des mojitos délicieux ! Bref, je me couche bien tard !!! Mais j'adore la nuit à Saigon où il commence à faire doux, les Vietnamiens sortent faire leur gymnastique, ou jouent au badminton, les amoureux roucoulent sur les bancs un peu plus tard et les touristes envahissent les bars encore plus tard !
Mercredi, journée tranquille. Il fait déjà très chaud. Je récupère mes vêtements chez le tailleur, Cat. On parle un peu. Mai, la réceptionniste, a écrit sur mon carnet en Vietnamien : « Mon père est Vietnamien, il est né à Saigon et ma mère était française. Je suis née en France, c'est pourquoi (oui, oui, c'est pourquoi) je ne parle pas le Vietnamien. Mais je vais apprendre le Vietnamien. » C'est une bonne entrée en matière pour communiquer avec les Viets qui du coup me parlent en Viet et je ne comprends rien ! Je vais acheter des petites enceintes qui se branchent à l'iBook pour écouter un peu de musique.
En début de soirée, à l'Idecaf, on inaugure le mois de la Francophonie avec une conférence sur le thème : « Pourquoi écrire en Français ? ». Anna Moi, auteure née au Vietnam, écrit en Français. Ses phrases sont courtes, comme en Vietnamien. Elle dira d'ailleurs dit que « Les langues ne sont qu'un instrument de traduction d'une langue indicible concoctée par l'auteur, page après page. Elles sont presque secondaires et certains auteurs, comme Samuel Beckett ou Nancy Huston, écrivent dans les deux langues. Ils sont écrivains avant d'être francophones ou anglophones... » Pour moi, Anna Moi semble être Vietnamienne avant d'être écrivain, enrobée de son ensemble de soie noir, ses yeux bridés noirs et ses cheveux noirs, lisses et les longs. Elle aime inventer des mots en mélangeant toutes les langues qu'elle parle : c'est la liberté et c'est infini, dit-elle.
Pendant tout le mois de mars, l'Idecaf organise des concours, des rencontres, des spectacles autour de la langue française. Monsieur le consul est là, Monsieur le directeur de l'Idecaf est là, tout plein de messieurs en costard-cravate sont là ! Et moi je savoure l'idée d'avoir le temps de faire les choses. Chaque jour, je réalise que je réalise mon projet à Saigon ou ailleurs peu importe... heu, même si je n'ai pas commencé les cours de Vietnamien !!!
Faut départ pour Stéphane. Il est coincé au Vietnam. La police de Hoi An l'empêche de quitter le territoire, gloups ! Mais il fallait que la maman de Stéphane rentre en France et il fallait bien que quelqu'un l'accompagne. Elle n'est pas très en forme... Claudine partira seule en France, Stéphane revient à l'hôtel et devra régler sa situation auprès de la police de Hoi An. Ça rigole pas ici... Son chirurgien à l'hôpital français lui a « décousu » la bouche et Stéphane peut enfin manger. Rebelote au Jardin après la conférence. On rejoindra Bertrand et Sandrine au Long Phi. Pas de mojitos ce soir mais on se couchera encore bien tard, hou, là, là !
Ce midi, je déjeune avec Laure dans un nouveau café très sympa, rue Alexandre de Rhodes, avec tout plein de Viets !